Pourquoi votre douleur n'est que la face cachée de l'iceberg?comprendre l'origine des douleurs psycho-somatique en ostéopathie globale
- JEAN BAPTISTE ASSIER

- 22 mars
- 12 min de lecture

Pourquoi votre douleur n’est que la « face cachée » de l’iceberg ? Comprendre l’ostéopathie globale
La loi du mouvement : Pourquoi l’immobilité génère la pathologie
La vie c’est le mouvement : rien dans l’univers n’est statique et le corps humain ne fait pas exception. Dès que le mouvement s’interrompt, la vie reflue pour laisser place à la stase, puis à la pathologie mais pour comprendre l’origine réelle de nos blocages nous devons regarder au-delà de nos symptômes. Le mouvement est le moteur de votre santé : là où la circulation s’arrête, la douleur commence.
L’unité : L’Ostéopathie Globale, l'origine des douleurs psychosomatique en osteopathie
Dans la vision occidentale du corps,issue notamment de la médecine moderne occidentale, on a tendance à se concentrer sur le symptôme pour le faire disparaître rapidement. Cette approche, très efficace dans de nombreux cas, considère la douleur ou le trouble comme un problème à corriger. A l’inverse les approches comme l’ostéopathie, la médecine traditionnelle chinoise ou la médecine ayurvédique voient le symptôme comme un signal révélant un déséquilibre plus global. Le corps ici ne fait pas d’erreur, il s’exprime.
L'erreur commune pour les personnes est de se focaliser sur la "dysfonction" locale. En réalité, le problème n'est pas la zone qui fait mal, mais l'épuisement des capacités de compensation du corps. La douleur est le signal d'alarme qui retentit quand le système, saturé par une accumulation de zones devenues immobiles, ne parvient plus à s'adapter. L’ostéopathe est là pour relancer le corps, lui permettre de retrouver ses capacités d’adaptation. Il aborde le corps comme un système, chaque partie étant dépendante du reste, néanmoins il est important d’élargir ce que nous nommons le corps d’un individu. Dans les lignes qui suivent l’individu est considéré comme l’ensemble de ce qui le représente et nous allons découvrir ensemble ce que cela implique.
Les 4 dimensions de l’être : Les 4 corps de l’ostéopathie totale.
Si l’ostéopathie classique se concentre souvent sur la mécanique des os et des fascias, nous devons franchir le seuil du purement physique. L’être humain est une entité multidimensionnelle. Notre "unité" englobe :
Le corps biologique : La mécanique des fluides et des tissus ainsi que le système nerveux
Le corps Mental : Le système de pensée individuelle qui offre une perspective unique sur le monde.
Le corps émotionnel : Où les traumatismes non résolus s'impriment comme des tensions chroniques. L’importance de prendre soin de notre système autonome.
Le corps social et environnemental : Nous sommes le produit de notre habitat, de notre lignée familiale et de nos interactions quotidiennes. Mais celles-ci sont aussi le produits de qui nous sommes.
Chaque individu évolue au sein d’un écosystème complexe — son emploi, sa maison, son héritage transgénérationnel. Un blocage dans l’un de ces domaines peut se cristalliser dans la matière. Soigner, ce n'est donc pas seulement manipuler une vertèbre, c'est restaurer l'harmonie entre l'homme et tout ce qui le compose.
La Bio-Tenségrité : Pourquoi votre cheville parle à votre crâne ?
Le corps humain n'est pas un assemblage de pièces détachées, mais une structure de tenségrité (inspirée des travaux de Buckminster Fuller). Imaginez une toile complexe où chaque tension est équilibrée par une autre : une compression au niveau de la cheville peut faire vibrer l'ensemble de la structure et déclencher, par ricochet, une douleur à la base du crâne.
Dépasser le modèle de la colonne de brique : le rôle des fascias et des chaines de tensions
Nous avons construit collectivement l’idée d’un corps construit comme une maison, avec une charpente constitué du squelette qui porterait le poids du corps et les muscles qui tireraient sur ces os pour les mettres en mouvement. C’est le modèle de compression, mais si le corps humain fonctionnerait sur ce principe nous nous briserions au moindre choc. Cette construction collective est parfaitement erroné, tout notre corps est un système en équitension, qui tient debout par une merveille de renvoi de tension pour maintenir verticalité et volume, cela est absolument prodigieux. Fermez les yeux et prenez un moment pour sentir vos os flottant dans un réseaux de tensions constitués de vos muscles et fascias.
Ce concept architectural de tenségrité a été popularisé par fuller et appliqué à la biologie par levin.
Métaphore : la tente ou le mat du bateau, dans les deux cas souvent ce sont la parfaites tensions sur les structures rigides qui font tenir le tout, si on supprime cette tension à un endroit cela se répercute partout instantanément.
Je vous invite à découvrir comment le yoga ou le tai chi qi gong complète le travail ostéopathique en entretenant vos chaines de tension dans mes futurs articles. Je traiterais activités par activité le rôle spécifique et les différences de ces activités. J’apporterais une pratique pour chaque « corps »
La Globalité : L'Effet Papillon Tissulaire
Grâce à la tenségrité, le corps devient un système de répartition de charge instantané. Puisque tout est relié par la "toile" des fascias, une contrainte appliquée sur un point est immédiatement absorbée et répartie sur l'ensemble de la structure.
L'implication clinique : Une cicatrice de césarienne (tension locale) peut, par le jeu des chaînes de tenségrité, modifier la mobilité du sacrum, qui lui même va impacter la mobilité vertébrale etc par chaine de causes à effets, jusqu’à possiblement créer une douleur ailleurs que sur la césarienne elle même .
Le paradoxe de la douleur : La zone qui souffre est rarement la zone coupable ; elle est simplement le "maillon faible" qui a fini par céder sous une tension venue d'ailleurs. Néanmoins souvent si une zone est le maillon faible du corps, c’est qu’il y a une raison, quelque chose à cet endroit où la vie circule moins, il conviendra d’aller investiguer les rôles de cette zones sur un plan physiologiques symboliques (Dictionnaire des maladies de jacques martel). Nous reviendrons sur ce point plus loin dans le livre.
Posture et régénération cellulaire : l’impact de la sédentarité sur votre colonne vertébrale
Ce qui est révolutionnaire, c'est que la tenségrité n'est pas qu'une affaire d'os et de muscles. Elle est fractale, c’est à dire que la tenségrité est valable et se répète à toutes les échelles, de la plus petite à la plus grande, autrement dit les mêmes principes d’équilibre et de compensation se retrouvent dans une cellule, un tissu, un organe, jusqu’à la posture globale.
À l'échelle microscopique, le squelette de la cellule (cytosquelette) fonctionne en tenségrité.
Cela signifie qu'une pression mécanique exercée par la main de l'ostéopathe sur la peau peut modifier le comportement biochimique d'une cellule profonde.
Cela veut aussi dire qu’en influant sur sa structure physique, ses trames fasciales et musculo-squelettique on peut donner au corps la capacité et la possibilités de guérir. A travers le yoga, le tai-chi, qi-gong, Feledenkrais ont travail sur ces aspects là.
Le tout est plus que la somme des parties" : toucher un point, c'est toucher le Tout.
Chacun à une responsabilité envers soi même, de donner la chance à son corps d’être en bonne santé, peut importe d’ou l’on part. Ceci n’est pas une course au mieux, ou au plus. Nous sommes vivant ici bas, nous sommes né avec un corps, pour faire l’expérience de la vie avec tout ce qui la caractérise, si nous voulons en faire la meilleure expérience possible, cela passe en partie par le corps.
La Résilience et la Mémoire de Forme
Un système en tenségrité est incroyablement résilient. Il peut se déformer sous un choc et reprendre sa forme initiale. Cependant, si le choc est trop grand ou répété, le système se "fige" dans une nouvelle configuration d'équilibre, mais une configuration énergivore et douloureuse. Cela se nomme boucle de rétro-action.
L'ostéopathe ne "remet pas en place" : il redonne au système la liberté de retrouver son propre équilibre de tenségrité originel.
Le corps a une mémoire initiale de son « bon équilibre », mais il évolue dans un contexte, et subit des contraintes quotidiennes comme les postures de travail, l’alimentation, activités physiques etc. Si on ne donne pas au corps régulièrement la possibilité de retrouver son état initial, celui ci pas va se conformer aux contraintes jusqu’à ne plus pouvoir et créer la douleur.
Voyez votre corps comme un être vivant, il se modèle aux contraintes.
Prenons l’exemple de la colonne vertébrale : chaque jour, dans un renouvellement incessant qui dure toute la vie, de nouvelles cellules osseuses naissent tandis que d’autres s’éteignent. Si à l’origine, cette structure est conçue pour être fonctionnelle et mobile, elle finit par se modeler selon nos habitudes. Pour une personne assise 8h par jour, les cellules se régénèrent en intégrant cette contrainte posturale comme une norme. Progressivement, le corps « oublie » sa mobilité originelle pour se figer dans cette nouvelle forme dictée par l’immobilité. Il va se produire une tension dans le corps entre la mémoire d’origine et la mémoire acquise. L’organisme peut supporter cette tension jusqu’à un certain point si rien n’est fait.
Les lombaires doivent être concave (lordose), en posture assise elles ont tendance à devenir convexe (cyphose) ,ce qui n’est pas fonctionnelle, le corps va alors employer de grandes ressources pour s’adapter à cette contrainte jusqu’à ne plus pouvoir et faire place à une hernie discale ou autre problèmes à distance de la zone contrainte.
L'Écologie de l'Être : L’individu cet écosystème
Si la tenségrité explique comment une tension physique voyage dans le corps, et qu’elle nous donne une ouverture sur la possibilité d’un corps physique en bonne santé, mobile et souple avec les activités qui permettent de l’entretenir,elle ne dit pas toujours d'où vient l'impulsion initiale. Pour comprendre l'origine profonde de nos blocages, nous devons regarder au-delà des fascias, des muscles et de la biologie.
Somatisation et Corps Mental : Quand vos pensées et croyances figent votre structure physique.
La pensée peut aussi être rigide
Nous ne sommes pas seulement constitués de muscles et d'os, nous sommes pétris par un système de pensée. Ce système est un agrégat de conditionnements familiaux, de loyautés invisibles et de pressions sociales.
Au delà de la structure osseuse et des fascias, le corps mental représente l’ensemble de nos processus cognitifs : nos pensées, croyances, mais aussi nos schémas de réactions automatiques. Il n’est pas seulement dans la tête, il est le programme informatique qui guide le matériel biologique.
Si le corps physique possède une mémoire initiale de son état de santé parfait, le corps mental, lui, est le gardien de notre histoire vécue. Il enregistre nos traumatismes no peurs et mécanismes de défenses.
Lorsqu'un individu s'enferme dans des certitudes, des "je dois" ou des "il faut", il crée une forme de stase mentale. Or, la vie est mouvement. Si mon système de pensée devient rigide — par peur, par habitude ou pour plaire à une lignée — il s'oppose au flux naturel de mon "Moi profond". Cette résistance psychique ne reste pas immatérielle : elle se répercute par le système nerveux et hormonal, finissant par "figer" la biologie. Une épaule bloquée peut ainsi être la traduction physique d'une responsabilité familiale que l'on ne veut plus porter, mais que l'on n'ose pas lâcher.
Lorsqu’un stress devient chronique, le corps mental finit par imposer un nouveau schéma de survie à la structure physique. C’est ici que la pensée se fait matière : l’esprit croyant protéger l’être, ordonne une posture de repli. La cellule, en se renouvelant, ne reçoit plus l’information de la « forme originelle », mais celle de ce nouveau moule mentale.
Reprenons l’exemple de la cyphose, si celle ci est la manifestation physique d’une contrainte, le corps mental est souvent celui qui l’entretient. Une pensée de protection, un sentiment de lourdeur ou une hyper vigilance intellectuelle constante finissent par s’imprimer dans la matière. Le corps mental ordonne une posture de repli ou de tension et la cellule s’exécute, créant ainsi une architecture physique fidèle à nos paysages intérieurs.
Comprendre comment vos schémas mentaux et le stress chronique dictent votre posture de survie. Pour approfondir le lien entre esprit et matière lisez mon article sur la plasticité cérébrale et libération emotionelle.
Le Corps Emotionnel : Libérer les tensions chroniques et les armures physiques liées au vécu.
Le Monde Émotionnel : La Météo Interne
L'émotion est, par définition, une mise en mouvement (e-motion). Elle est censée nous traverser comme une onde. Mais lorsque nous refoulons une émotion parce qu'elle ne cadre pas avec notre conditionnement, nous créons un barrage. Ici la refouler c’est la garder en soi, la reprendre, la garder, comme le ressac sur la plage.
Cette retenue émotionnelle modifie la tension de base de nos tissus (le tonus basique). Une colère jamais exprimée devient une mâchoire serrée ; une tristesse étouffée devient une cage thoracique verrouillée. Le corps devient alors le théâtre de l’ombres de nos conflits intérieurs. L'ostéopathe ne manipule alors plus seulement une articulation, il aide à remettre en mouvement une émotion qui s'est densifiée jusqu'à devenir une "armure" physique.
L’Ecologie de l’être : L’impact de votre environnement social et familial sur votre santé
Le Miroir Matériel : Votre Environnement comme Extension de Vous mêmes
Cette écologie s'étend enfin à notre monde extérieur. Notre habitat, notre véhicule, notre métier et nos relations ne sont pas des éléments extérieurs par hasard ; ils sont le reflet de notre monde intérieur et de nos idées conditionnées.
L'habitat : Est-il un refuge ou une prison ? Reflète-t-il qui nous sommes vraiment ou l'image que nous voulons donner ?
La lignée : Nous portons parfois le poids de "fantômes" familiaux, des non-dits qui dictent notre posture face à la vie.
Le désalignement : La maladie surgit souvent là où il y a un écart trop grand entre ce que
nous faisons (le paraître social) et ce que nous sommes (le moi véritable).
Pourquoi avez vous mal ? La théorie du « vase qui déborde » et le concept de compensation : l'origine des douleurs psychosomatiques en ostéopathie.
La Théorie du "Vase qui Déborde" : Sommation spatio-temporelle
Le corps humain est une machine à compenser extraordinaire. Il possède une résilience silencieuse qui lui permet d'absorber des chocs, des mauvaises postures, des stress émotionnels et des déséquilibres alimentaires pendant des années sans se plaindre.
Imaginez un vase que l'on remplit goutte après goutte :
La 1ère goutte : Une entorse de cheville mal soignée à 15 ans.
La 10ème goutte : Un travail de bureau sédentaire avec une ergonomie médiocre.
La 50ème goutte : Un choc émotionnel ou une période de grand stress.
Le corps s'adapte, il "triche" avec sa structure pour continuer à avancer. On ne sent rien. Et puis, un matin, en ramassant simplement une brosse à dents, le dos se bloque. Ce n'est pas la brosse à dents qui a brisé le dos, c'est la dernière goutte qui a fait déborder un vase déjà plein à ras bord.
Votre vase est il sur le point de déborder ? N’attendez pas le « faux mouvement » de trop, prenez rendez vous pour un bilan préventif.
Le Symptôme n'est pas la Cause : recherche de la lésion primaire en Ostéopathie
En ostéopathie, nous disons souvent que celui qui crie n'est pas forcément le coupable. La douleur est le "maillon faible" d'une chaîne de tensions qui a fini par céder. C'est l'endroit où le système de tenségrité ne peut plus compenser.
Exemple concret : Un patient vient pour une douleur cervicale (le maillon qui lâche). Mais ce maillon souffre parce qu'il doit compenser un bassin bloqué et une vieille cicatrice abdominale qui tire sur les fascias profonds. Si l'on ne traite que le cou, on éteint l'alarme à incendie, mais on laisse le feu brûler ailleurs.
La Douleur comme signal d’alarme : comprendre les messages protecteurs de votre corps
Considérer la douleur comme le dernier maillon change radicalement la posture du patient :
La douleur est informative : Elle indique que le capital d'adaptation du corps est épuisé.
Elle est protectrice : En créant une douleur vive (le lumbago, par exemple), le corps impose une immobilité forcée pour éviter une lésion plus grave (comme une rupture discale).
Le patient n’est plus victime: Il est le recepteur d’une information pour le pousser à évoluer, à bouger. Cela n’enlève pas la douleur et le ressenti, pour autant il devient acteur si il le souhaite de son évolution. Il peut donner du sens, et regarder ce qui dans sa vie doit évoluer, se mettre en route. Il y aura de la peur, du doute, de la résistance, mais si cette idée est acceptée alors une porte s’ouvre, une perspective se déssine.
Le Processus de Guérison : Remonter la Chaîne
Traiter la douleur comme le dernier maillon impose une méthode de travail rigoureuse. L'ostéopathe doit remonter le fil d'Ariane des compensations. Parfois, pour libérer une épaule, il faut aller libérer le foie ou une cheville. C'est ce qu'on appelle la recherche de la lésion primaire.
En libérant les maillons intermédiaires (ceux qui ne font pas mal mais qui bloquent le système), on redonne de la marge de manœuvre au corps. Le vase se vide, et la douleur — n'ayant plus de raison d'être — s'estompe naturellement.
La lésion primaire peut être dans le corps, une ancienne cicatrice, un accident, un traumatisme etc mais elle peut être sur un tout autre plan. Et c’est à cet endroit précis que le thérapeute Ostéopathe se doit de pouvoir amener le patient à verbaliser, raconter pendant la manipulation pour pouvoir agir sur les différents plans du corps en même temps. Si à travers la discussion le patient ramène à la mémoire les sensations, traumatismes, émotions, pendant que l’ostéopathe manipule la zone lié à cela, la libération peut se passer sur différents plans en même temps.
Retrouver la Fluidité : Le processus de guérison vers une souplesse existentielle
Soigner l'être dans sa globalité, c'est donc inviter le patient à une forme de souplesse existentielle. Le travail manuel de l'ostéopathe devient une porte d'entrée : en redonnant du mouvement à la matière, on offre une brèche au système de pensée pour qu'il s'assouplisse à son tour.
L’unité retrouvée, c’est cet état de grâce où le corps physique, le monde émotionnel et le système de pensée vibrent à nouveau à la même fréquence, en accord total avec le mouvement de la vie.
La notion d’unité est importante pour comprendre comment les « corps » sont en relation les uns avec les autres et comment ceux-ci inter-agissent. Dans le prochain article nous verrons le rôle de la fluidité et comment appliquer cela au quotidien.




Commentaires